Historique

La plage du Valais est l’unique plage de Saint-Brieuc. A 4 kilomètres du centre-
ville, on y accède par la route depuis Cesson ou en empruntant le sentier des douaniers depuis le port du Légué. Elle s’ouvre largement sur la baie, un immense territoire de sable, de lumière et de grand air, qui file jusqu’à l’horizon. Adossés à la roche ou lovés dans les replis des falaises, les cabanons colorés du Valais sont comme des jouets au milieu du paysage. D’emblée, le site paraît original et harmonieux, liant la campagne et la mer. Ce sont les hommes qui ont construit de leurs mains ces maisonnettes. C’est pourquoi en retour, elles racontent de multiples histoires, des histoires de vacances, de famille, de bonheur de tous les jours…

Au XVIIIe siècle, la grève du Valais était le territoire des plus pauvres, un espace en marge de la ville. Elle est fréquentée par des paysans-pêcheurs, des pêcheurs à pied fouillant l’estran à la recherche de crustacées et de coquillages. C’étaient surtout les femmes qui parcouraient des kilomètres pieds nus, munies de paniers, de havenets à chevrettes (crevettes), de râteaux et de crochets. Elles ramassaient les coques, cherchaient les appâts, relevaient les harouelles, puis se rendaient à Saint-Brieuc, avec leur bardot (âne), pour vendre leur pêche.
Ces Cessonnaises étaient surnommées les Ventres jaunes. Leur ventre était-il fortement hâlé quand elles poussaient leur havenet sous le soleil brûlant ? Leur ceinture était-elle remplie d’or quand elles revenaient du marché par la grève ? Rien n’est sûr mais le nom est resté comme une légende plus durable que les hommes.

A partir de 1807, la grève du Valais pouvait aussi être très fréquentée. Les courses hippiques de Saint-Brieuc donnaient lieu à des rassemblements populaires qui perdureront jusqu’en 1985. Sous les regards de la foule, les jockeys parcouraient deux kilomètres de sable découvert à marée basse. Tables et buvette étaient installées sur la plage. On y dansait, on y chantait jusqu’à ce que la mer montante vienne tout effacer.

L’apparition du chemin de fer, au XIXe siècle, donna à plus de monde le goût des voyages. Les bains de mer, dont les bienfaits étaient désormais préconisés par les médecins, étaient vivement recherchés. Tandis que commerçants et notables briochins édifiaient au Rosaire, la plage de Plérin, leur station balnéaire, au Valais, les plus modestes construisaient leurs premiers cabanons. A partir de 1887, une ligne de chemin de fer reliait Saint-Brieuc au bassin à flot du Légué. Le dimanche, le train faisait le plein de voyageurs, les enfants pauvres eux l’empruntaient à la sauvette, et tout le monde faisait la fête au Valais. En 1909, la nouvelle Union aérienne des Côtes-du-Nord choisit la grève pour son aérodrome et ses meetings aériens. Le sol étant plus dur et le dégagement unique, les aviateurs Assollant et Lefèvre, deux pionniers de l’aviation, envisagèrent même de choisir la grève comme point de départ pour leur grand raid vers le Japon…

Dès la première moitié du XXe siècle, des propriétaires de terrains cessonnais louaient contre un faible loyer des parcelles de jardins potagers. Peu à peu, les abris à outils s’agrandissaient pour recevoir les familles en villégiature. En 1936, des wagons inutilisables furent installés par des cheminots briochins sur les falaises.
Dans les années 1950 et durant les Trente Glorieuses, les cabanons se multiplièrent, accueillant des familles ouvrières ayant beaucoup d’enfants. La Cité Baby (qui tire son nom du grand nombre d’enfants qui y séjournaient) et le petit Monaco comptaient alors plus d’une centaine de cabanons. Avant que l usage du terme de quartier du Petit Monaco soit employé communément à cause du cabanon du même nom, ce micro village de cabanon s’appelait du nom du lieu dit Le Port Glé.

L’habitat (20 mètres carrés tout au plus) reposait sur des poutres en bois, d’anciennes traverses de chemin de fer ou des parpaings. Les murs étaient faits de planches de bois, de papier mâché, le toit, d’éverite et de tôle ondulée… Ni eau ni électricité. Tous partageaient un même goût pour une vie simple proche de la nature. L’épicerie-buvette faisait le plein. L’odeur du café ou du maquereau grillé envahissait les chemins. Dans la baie, on ramassait les coques. Sur la plage, on jouait à la boule bretonne. Le soir, les enfants retrouvaient la petite télé du père Jaouen, alimentée par une batterie 12 volts. Quand le ciel et la mer devenaient un même rideau sombre, on s’endormait avec un morceau d’éternité. Vie libre de la mer…

De génération en génération, les familles se sont transmises leurs cabanons. Longtemps tolérés, ils sont aujourd’hui menacés de destruction. De 1998 à 2012, les terrains sur lesquels ils sont construits sont placés en zone à aménager en différé et préemptés par la mairie. Le site devra devenir une zone naturelle vierge de toute construction. En réaction, l’Association des amis et usagers de la plage du Valais est créée, en septembre 2011, pour défendre et valoriser les cabanons. Elle dialogue avec les instances administratives, propose des solutions environnementales et, chaque année, depuis trois ans, elle organise la fête du Valais qui connaît un vif succès. Animations, musique, galettes saucisses devant la mer… Le Valais retrouve sa vocation de bonheur simple et partagé. Photographes, peintres, réalisateurs… nombre d’artistes y trouvent aussi leur inspiration. Peu à peu émerge la conscience que les cabanons du Valais constituent une richesse patrimoniale. Parce que, sans aucun doute, ils sont liés à l’histoire de la ville de Saint-Brieuc et relatent un pan de l’histoire sociale française. Parce qu’aussi, dans le cœur de chacun, ils représentent un havre de paix, un espace de résistance et de liberté accompli par les hommes.

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